Un article de Chris Frankland, publié le 26/08/2026 sur the-ear.net
Article d’origine : the-ear.net/review-hardware/kensington-c-800-mc-real-vinyl-energy
Traduction & Adaptation : Pascal Grammon
En attendant la visite de Kevin Edwards à Toulouse cet hiver , pour une présentation des produits Talk Electronics, je vous souhaite bonne lecture.

Je connais Kevin Edwards de Talk Electronics, société mère de Kensington Audio, depuis de nombreuses années — des décennies en réalité, depuis notre première rencontre dans les années quatre-vingt, lorsqu’il travaillait pour Exposure Electronics. Pourtant, je n’ai testé aucun de ses produits. Alors, lorsqu’il m’a montré sa gamme récemment lancée de cellules à bobine mobile fabriquées au Royaume-Uni, au North West Audio Show plus tôt cette année, j’ai décidé qu’il était temps de réparer cet oubli.
Il a piqué ma curiosité en m’expliquant qu’un élément clé de la conception est que toutes ces cellules fonctionnent avec des forces d’appui plus faibles que celles habituellement requises pour les bobines mobiles, la plage recommandée pour le C-800 que je teste ici étant de 1,1 g à 1,5 g. J’ai donc voulu en savoir plus.
Tout d’abord, quelques mots sur l’entreprise pour ceux qui ne connaissent pas ce nom. Kensington Audio est une sous-marque de Talk Electronics, créée en 2025. Talk Electronics existe depuis 1995 et possède une expertise en électronique ainsi qu’en platines, bras de lecture et cellules, tout en réalisant également du travail OEM pour d’autres marques. Parmi ses sous-marques figurent Edwards Audio, qui fabrique des platines, de l’électronique et des enceintes, et Kestrel Audio, qui produit leur électronique et leurs platines d’entrée de gamme.
Le modèle C-800 de Kensington Audio fait partie d’une gamme de cinq cellules à bobine mobile à faible sortie — le C-500 à cantilever aluminium à 749 € ; le C-600 à cantilever bore à 1049 € ; le C-700, également doté d’un cantilever bore et d’un stylet fine line, à 1 799 € ; puis les deux modèles haut de gamme, le C-800 avec son cantilever rubis et son stylet fine line à 2 399 €, et le fleuron C-900 avec son cantilever saphir à 3 549 € .
Il ne fait aucun doute que la C-800, dans sa robe vert irisé, attire immédiatement le regard. Son corps en aluminium a une allure et un toucher soignés. Attention toutefois : son emballage peut rendre le retrait de la cellule délicat pour les personnes ayant de grands doigts, la prudence est donc de mise, d’autant qu’elle n’est pas livrée avec un protège-stylet, bien qu’il en existe un en option. Avec un peu de chance, ce sera au revendeur de s’en charger.
L’une des premières questions que j’ai posées à Kevin Edwards portait sur les raisons de son choix d’une compliance plus élevée et d’une force d’appui plus faible pour les cellules Kensington. Selon lui, cela exerce moins de pression sur le disque et réduit donc l’usure du stylet, ce qui se traduit par une durée de vie 25 % plus longue et abaisse ainsi le coût de possession pour l’utilisateur. Ils proposent également un coût de remplacement du stylet inférieur à celui de nombreux concurrents, avec une réduction de 30 % par rapport au prix public. Kensington Audio propose aussi un service sur le marché Anglais permettant de louer une cellule pour un essai de 30 jours à domicile (199,95 £ pour le C-800), somme remboursée en cas d’achat.
Le matériau utilisé pour l’amortisseur et sa méthode de montage confèrent à ces cellules une compliance plus élevée que d’habitude (plus grande souplesse du cantilever), ce qui permet de descendre à la force d’appui recommandée de 1,4 gramme. Le fait de réduire le nombre de spires des bobines de signal sur l’armature, dans le but de maintenir une impédance interne basse, a également contribué à abaisser la masse mobile et à améliorer le dynamisme de la restitution.

Kevin pense également que les cellules dont l’impédance interne est inférieure à 10 ohms devraient être traitées comme une source de courant et que, pour en tirer le meilleur, il convient d’utiliser un préamplificateur phono à transimpédance, qui fait office d’amplificateur courant-tension. C’est pourquoi il travaille actuellement sur un modèle qui devrait être lancé prochainement.
ASSEMBLÉ AU ROYAUME-UNI
Kensington Audio est fier que ses cellules soient assemblées au Royaume-Uni par ses propres artisans qualifiés, à l’aide de microscopes modernes et de grands écrans. Réaliser l’assemblage final au Royaume-Uni leur permet également de garder un contrôle total sur la qualité.
Le corps en aluminium est usiné par CNC à partir d’un bloc massif par un fournisseur externe britannique. Le système générateur (le circuit magnétique) est fabriqué selon leurs spécifications par un fournisseur de premier plan en Chine. Kevin m’a confié qu’ils avaient mesuré et testé les systèmes générateurs de plusieurs fournisseurs, mais que celui qu’ils utilisent désormais était « de loin le meilleur ».
L’ensemble cantilever/stylet en rubis provient d’un fournisseur de pierres précieuses japonais de premier plan et est découpé avec précision au laser. Le rubis est bien sûr synthétique, ce qui lui confère une structure cristalline plus uniforme et plus pure. Selon Kevin, leurs cantilevers en pierre précieuse sont bien plus légers, plus rigides et plus résistants qu’un tube métallique, et présentent un risque de flexion pratiquement nul. Il a ajouté qu’il travaille actuellement sur un nouveau modèle haut de gamme doté d’un cantilever diamant et d’un câblage en argent.
Note du traducteur :
Un cantilever rigide assure un meilleur transfert d’énergie, avec beaucoup moins de distorsion qu’un cantilever souple.
Kensington Audio insère ensuite l’ensemble cantilever/stylet dans l’armature (sur laquelle sont enroulées les bobines de signal), elle-même préinstallée dans l’ensemble générateur, avant de monter le tout dans le corps en aluminium. Le câblage des modèles C-800 et C900 est en cuivre 6N OCC (c’est-à-dire une pureté de « six neuf », soit 99,9999 %), contre du 4N OCC pour le reste de la gamme. Le système générateur utilise un aimant samarium-cobalt, et ses pièces métalliques sont traitées cryogéniquement, ce qui améliore leur structure cristalline interne.

PRÊTE AU COMBAT
Pour tester la Kensington Audio C-800, j’ai décidé de la monter sur l’excellente platine Vertere DG X. Celle-ci dispose d’un ingénieux bras unipivot dont la « poutre » se détache entièrement, ce qui permet des comparaisons de cellules rapides et faciles. Je l’ai fait fonctionner via un préamplificateur phono Vertere Phono 1, un amplificateur intégré Accuphase E-3000 et des enceintes compactes Oephi Transcendence 2. Merci à Home Media, à Maidstone, de m’avoir mis la platine à disposition, et à Vertere de m’avoir prêté deux poutres de bras, ce qui m’a permis d’avoir en parallèle une autre cellule de référence du même prix, montée sur une seconde poutre, et ainsi de replacer le C-800 dans un contexte de marché et de rapport qualité-prix pertinent.
Avant d’écouter sérieusement, il était important de bien régler la cellule. Après quelques ajustements, j’ai constaté que la force d’appui recommandée de 1,4 g fonctionnait bien, puis j’ai affiné le réglage de la charge d’impédance sur le préamplificateur phono Vertere. J’ai commencé à 220 ohms, valeur la plus proche des 200 ohms recommandés, mais j’ai trouvé que, dans le système que j’utilisais, cela était un peu trop vif dans les hautes fréquences. Passer à 330 ohms a amélioré les choses, mais c’est finalement à 460 ohms que j’ai obtenu le meilleur équilibre tonal, tout en préservant le dynamisme et l’énergie. Les résultats peuvent bien sûr varier avec d’autres préamplificateurs phono et systèmes, il est donc important d’expérimenter par vous-même.
Une fois ces réglages effectués, je me suis installé pour écouter Hello Tomorrow, tiré de l’excellent album Discovery du guitariste Larry Carlton, et j’ai été immédiatement impressionné par le dynamisme, la vivacité, le punch et le niveau de détail du C-800. La ligne de basse était profonde, pleine et agile, la batterie dynamique, serrée, tout en restant délicate sur les nuances subtiles des cymbales, tandis que la guitare de Carlton était bien restituée, avec de belles indications sur la façon dont chaque note était jouée. En passant à sa superbe version de Minute by Minute, la ligne de basse qui porte le morceau s’est révélée profonde, détaillée et agile. Très impressionnant.
Je me suis ensuite tourné vers l’album 20/20 de George Benson, en écoutant le morceau d’ouverture No One Emotion. Ce titre doit vraiment avancer et déborde de rythme et d’énergie, ce que le C-800 a très bien restitué. La ligne de basse synthétique était rapide, énergique et déterminée, la voix de Benson ouverte et pleine d’émotion, et le morceau avançait avec une belle urgence rythmique. Le solo de guitare incendiaire de Michael Sembello était lui aussi bien restitué, articulé et mordant sans jamais devenir écrasant.
En mettant davantage l’accent sur la voix, Hey Laura, tiré de l’album Liquid Spirit de Gregory Porter, est passé ensuite sur la platine. Le C-800 a bien capté son style vocal si particulier, avec ce beau grondement qu’il pose sur certaines notes graves, tout en me laissant entendre ce que jouait l’orgue Hammond en arrière-plan et en gardant une ligne de basse articulée et charpentée. Le solo de saxophone était lui aussi bien restitué et articulé. Dans l’ensemble, une très belle interprétation.
L’un de mes albums préférés du moment est Conversations with Christian, de l’as de la contrebasse acoustique Christian McBride. J’ai choisi le morceau It’s Your Thing, à l’origine des Isley Brothers bien sûr, où il est rejoint au chant par Dee Dee Bridgewater. La cellule C-800 a rendu avec éloquence son jeu de basse agile et habile, me permettant d’apprécier la façon dont il façonnait chaque note, la résonance des cordes sur la touche, et l’harmonie parfaite entre lui et Bridgewater. Le style vocal unique de cette dernière était bien restitué, tout comme l’exubérance pure et le sens de la fête qui animent cette collaboration. La C-800 a très bien capté l’esprit et l’énergie de cette performance.
Le dernier morceau que je mentionnerai, bien que j’en aie écouté bien d’autres, est It Didn’t All Come True, tiré de l’album Bop City de Ben Sidran. Il date certes de 1982, mais reste l’un des meilleurs, sinon le meilleur, album enregistré de ma collection. Je suis heureux de dire que le C-800 a restitué toute la puissance et le savoir-faire du jeu de batterie de Peter Erskine, avec des coups de toms puissants rendus avec une grande précision. La superbe basse d’Eddie Gomez était menée avec agilité — rapide et souple. Les accords de piano incisifs de Sidran qui ouvrent le morceau étaient bien restitués et dynamiques, tandis que sa voix était ouverte et pleine de caractère, le morceau avançant avec entrain, la C-800 ne se laissant pas dépasser alors que ces musiciens de classe mondiale accéléraient le tempo.
DYNAMIQUE ET DÉTAILLÉ Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé le C-800. Il était dynamique, détaillé, tout à fait capable de restituer la puissance d’une batterie tout en rendant justice aux nuances les plus subtiles des cymbales ou de la caisse claire.
Il offrait un bel éclairage sur la musique et restituait le caractère des voix avec aisance, tout en rendant guitares, saxophones et trompettes avec la même maîtrise.
Il restituait le timing et le sens de la musique, permettant d’apprécier la contribution de chaque musicien et la façon dont ils jouaient ensemble pour créer un morceau agréable. Je recommande sans réserve le Kensington C-800, surtout si vous cherchez une cellule autour des deux mille euros.
LE VERDICT
| POINTS FORTS + Un son très dynamique, détaillé et percutant, quel que soit le genre musical + Une réponse dans les graves profonde, agile et bien contrôlée + Une excellente reproduction vocale, restituant le caractère et les nuances émotionnelles + Une belle restitution du son de la batterie — puissance et délicatesse toutes deux bien gérées + Une reproduction articulée et bien restituée des guitares, saxophones et autres instruments + Un grand sens du timing et de la cohésion musicale entre les interprètes + Le futur préamplificateur phono à transimpédance devrait encore améliorer la qualité sonore + La force d’appui plus faible réduit l’usure du stylet + Des coûts de remplacement du stylet inférieurs à ceux de nombreux concurrents + Un service d’essai à domicile disponible (en Angleterre) | POINTS FAIBLES – Aucun protège-stylet inclus de série – Un emballage peu pratique — attention au stylet en manipulant… – Nécessite un réglage soigné pour obtenir les meilleurs résultats – Un positionnement tarifaire premium (2 399 €) en terrain concurrentiel – Le préamplificateur phono à transimpédance assorti n’est pas encore disponible |
CARACTÉRISTIQUES
| Type | Cellule à bobine mobile |
| Corps | Aluminium |
| Cantilever | Rubis |
| Stylet | Elliptique fine line |
| Force d’appui | 1,1 – 1,4 g |
| Impédance de charge recommandée | 200 ohms |
| Tension de sortie nominale | 0,35 mV / 1 kHz / 0,5 cm/s |
| Séparation des canaux | > 30 dB |
| Masse | 10 g |
| Garantie | 2 ans |

