The V-Choice Mars 2018

Chaque mois, ADHF vous fait partager sa bande-son, une sélection de vinyles parmi les meilleures sorties du moment.

Retenues pour leur qualité d’enregistrement, leur rareté ou la créativité de leurs auteurs, les musiques choisies par ADHF abordent tous les genres ; elles vous permettront de constituer, au fil des mois, une discothèque originale, à la hauteur de votre installation.

 

SleafordMods

English Tapas

Rough Trade, 2017

 

En 2008, Jason Williamson et Andrew Fearnmirent au point une recette inédite pour faire monter votre pression artérielle : une mixture hyper-protéinée de trip-hop sur fond de boîte à rythme minimaliste et de basse clou de cercueil, nappée de samples en boucles.Ces deux gars, qui n’étaient pas nés de la dernière pluie acide, savaient exactement où ils voulaient en venir et c’est tout armés qu’ils débarquèrent sur le marché deux ans plus tard, alignant une dizaine d’albums et d’EP qui furent autant de coups à l’estomac (et quelques-uns plus bas). Côté lyrics, les diatribes de Williamson faisaient la pige aux vociférations de Mark E. Smith : un tir de barrage contre la bêtise sous toutes ses formes, n’oubliant ni les politiques, ni les médias, ni leurs copains prolos, avec une nette attirance pour le pipi-caca. Avec English Tapas, leur premier album enregistré pour un vrai label, nos deux working class heros de Nottingham nous resservent le meilleur du rock de ces trente dernières années : techno qui aurait un peu de gras sur l’os, rap sous amphés, punk à l’heure de l’intelligence artificielle. Le tout servi avec une honnêteté et une intensité qui a fait dire à Iggy Pop qu’ils étaient près « le seul groupe de rock écoutable du moment ». Ils passeront à Toulouse en mars, mais le concert est depuis longtemps sold out. Pas de chance, mais une raison de plus pour vous procurer cet album.

 VoxLow

Vox Low

Born Bad, 2018

 

C’est la bonne surprise de ce morne et interminable hiver. Elle vient de France où quatre garçons dans le blizzard, Jean-Christophe Couderc (voix et synthés), Benoît Raymond (guitares et synthés), Mathieu Autin (drums) et Guillaume Léglise (guitares et synthés), ont recréé le climat de la dark music des années quatre-vingts. Si vous avez aimé Joy Division, Sisters of Mercy ou Xmal Deutschland, vous vous retrouverez en terrain connu. Vous vous dites ça sent son quadra, et vous avez raison : les Vox Low ont bien appris la leçon et connaissent le secret des boucles et des breaks (deux d’entre eux formaient le groupe ThinkTwice, éphémère version d’LCD Soundsystem au début de la décennie). Le dernier morceau s’intitule « It’s a Rejuvenation », ce pourrait être le titre de l’album. Sauf que ça ne nous rajeunit pas. Il faut écouter ce disque pour savoir d’où l’on part: quelque chose me dit qu’avec ces huit morceaux, Vox Low solde son passé. Rien de mieux que de faire table rase pour installer la vraie nouveauté. On attend la suite.Impatiemment.

 Ornette Coleman

The Atlantic Years

Rhino, 2018

Le moment est venu de redécouvrir Ornette Coleman (1930-2015), le Professeur, le premier qui en frôlant l’atonalité et en osant introduire de légers flottements dans le tempo ouvrit la voie au free jazz, le rebelle autodidacte (devenu tout de même docteur honoraire de musicologie auquel les puristes ne pardonnèrent pas d’avoir éclipsé Charly Parker, le saxophoniste préféré de Lou Reed, de Daevid Allen, de Claude Nougaro et de David Cronenberg. Les trois années qu’il passa sous contrat avec Atlantic– avant qu’il ne se retire un moment de la scène pour apprendre… le violon – sont à la fois les plus prolifiques et les plus expérimentales. Accompagné des musiciens maison (Don Cherry, Charly Haden, Scott LaFaro, Jimmy Garrison, Ed Blackwell, excusez du peu !)les six albums qu’il sortit entre 1958 et 1961 sont devenus des classiques. Ils sont désormais réunis, avec leurs pochettes originales, dans un beau coffret de 10 vinyls 180 gr, comprenant de nombreux inédits et un livret.Tous les morceaux, dont de nombreux inédits de la période concernée, ont été re-gravés d’après les masters originaux. Les amateurs conserveront un peu de cash pour le coffret Don Cherry qui devrait suivre…

 U.S. Girls

In A PoemUnlimited

4AD, 2018

 

Bon, vous prenez un tétraèdre (cinq côtés, pour les fans des Ramones), en haut vous mettez PJ Harvey (pour la ressemblance), à droite Lana Del Rey (je crois qu’elles sont copines), à gauche la chanteuse des Peaches (pour la provoc), en bas Cat Power (pour la fragilité) et dans le coin qui reste Laurie Anderson (pour le côté expérimental). Qui est-ce qu’on met au croisement des sécantes ? On met Meg Remy, qui résume à elle seule toutes ces filles américaines depuis 2010. Remarquez, vous pouvez aussi prendre un triangle (trois côtés pour les fans de Deadbolt) : en haut Brian Eno, à droite Grace Jones et à gauche David Lynch. Vous obtiendrez la même au milieu. A PoemUnlimited, son nouvel album, le quatrième, est une réussite totale (y compris la pochette, qui restera à coup sûr l’une des la plus belles de l’année). On la savait douée, mais pas tout à fait encore libérée de ses influences (pas pour rien qu’elle avait intitulé son dernier disque Half Free) ; In A Poem Unlimited marquera sa sortie de conditionnelle.

David Byrne

American Utopia

Nonesuch Records, 2018

Après deux albums en collaboration passés injustement inaperçus (Here Lies Love, avec Fat Boy Slim et Love This Giant avec St. Vincent), la grosse tête des Talking Heads, depuis longtemps en solo, nous offre sa première véritable création depuis plus de dix ans. On passera sur l’aspect conceptuel de la chose(« J’ai voulu donner un peu d’espoir à ceux qui pensent, comme moi, que tout n’est que déception et cynisme », indique l’intéressé, « Poser une question, c’est commencer à y répondre ; décrire, c’est commencer à prescrire ») pour retrouver la voix inimitable du Reï Momo, qui renoue avec les compositions catchy et les textes rentre-dedans. Secondé sur plusieurs titres par Brian Eno, American Utopia s’écoute avec le même plaisir qu’on ressent au retour d’un ami voyageur. On apprend au passage que l’album ne constitue qu’une partie d’un vaste projet multimédia autour des Reasons to be Cheeful chères à Ian Drury. Rien que ça, on se sent déjà mieux.

 

Bonne Musique et rendez-vous le mois prochain …..

 

 

 

 

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