The V-Choice Avril 2018

Chaque mois, ADHF vous fait partager sa bande-son, une sélection de vinyles parmi les meilleures sorties du moment.

Retenues pour leur qualité d’enregistrement, leur rareté ou la créativité de leurs auteurs, les musiques choisies par ADHF abordent tous les genres ; elles vous permettront de constituer, au fil des mois, une discothèque originale, à la hauteur de votre installation.

 

LE V CHOICE D’AVRIL 2018

 

Zru Vogue

Assembly For Body Movements – 1981-2011

Late-Nite Rec., 2018

Zru Vogue commença à jouer au tout début des années quatre-vingt à Palo-Alto, où sa musique, mêlant (si vous pouvez imaginer la chose) percussions africaines, vagues de synthé ambiant, giclées de guitare funk et de mandoline (ça va, pas trop mal au cœur ?) obtint immédiatement un succès d’estime sur le campus de l’université et les pistes de dance des discothèques environnantes (les Residents avaient, il est vrai, préparé le terrain). On ne sait toujours pas par quelle filière clandestine le NME se procura leur premier album sur Zero-Risk, en 1982, mais le journal évoqua à cette occasion « une avalanche néo-africaine ». Sans doute voulait-il parler de la manière très subtile dont Andrew L. Jackson et Rick Cuevas savaient souffler le chaud et le froid, attaquer la glaciation post-punk à coups de congas tribaux. C’est en tout cas l’impression que vous donnera cet album, qui compile les six morceaux les plus représentatifs du groupe, jusqu’à sa reformation, en 2011, après une interruption d’une dizaine d’années due au déficit d’oxygène constaté sous es cabas en plastique dans lesquels les Zru avaient l’habitude de jouer.

 Magazine

Real Life et The Correct Use of Soap

Virgin-EMI, 2018

C’est le disque que vous n’aviez pas voulu acheter en 1978 sous prétexte qu’après les Buzzcocksde Pete Shelley, bah, y’aurait plus rien, nada, nix, finie la comédie. Et puis vous avez avalé la couleuvre : bien obligé de reconnaître qu’il y avait encore une vie après Le Chalet du Lac. La formidable dynamique de Real Life, ce résumé d’existence qui mène du déboulé de Definitive Gaze et de l’irrésistiblechord progression de Shot by Bothsides à la claustrophobie The Light Pours Out of Mepour se conclure suruneParadeparfaitement laid-back(« Parfois, il m’arrive d’oublier qu’on est supposés être amoureux ») vous a fait regretter de n’avoir pas fait tourner trente-trois fois le vinyl sur la platine avant de dire des bêtises, et qu’importe si Howard Devoto se maquillait comme Peter Gabriel et dansait comme Jim Kerr. Et quand, après un album dispensable,Martin Hannett, le maître des nuances de gris, est venu remettre tout le monde dans le droit chemin avec The Correct Use of Soap, ce fut votre Chemin de Damas, votre Retour à Canossa : Magazine, autant qu’Iggy et que Roxy Music méritait de figurer dans la short-list de vos préférences.

Ce mois-ci, Virgin-EMI vous offre la possibilité de vous faire pardonner avec deux superbes rééditions de ces albums, remasterisés et agrémentés de titres inédits. Vous aviez bien fait d’attendre.

  Young Fathers

CocoaSugar

Ninja Tunes, 2018

 

Allez, je me suis peut-être laissé prendre par l’emballage, qui ne passe pas inaperçu (en fait, un démarquage du poster archi-connu de Waldemar Swierzy pour le film Midnight Cowboy), mais à l’évidence, c’est le disque du mois. Le troisième du trio originaire d’Edimbourg, après les très originales et prometteuses Mixtapes I et II et la formation accélérée que leur a fourni leur tournée en première partie de Massive Attack. L’arrivée de producteurs aux dents longues, l’accès au meilleurs studios et la volonté visiblement délibérée des Jeunes Papas d’atteindre un plus large public laissaient craindre l’abandon des partis pris sonores les plus dérangeants du groupe. Il n’en est rien. AlloysiusBankole, Kayus et G affirment au contraire une sacrée détermination pour ne rien céder de leur inventivité sans complexe et de leur engagement dans la création d’une nouvelle musique noire (rien que ça !) : incantatoire, fébrile, annonciatrice de la Grande Convergence à venir. Magiques, addictifs, les Young Fatherssont les bâtards assumés de Fela et du rap, les voodoochildren du krautrock et du post-punk : avec eux, les petits blancs vont réaliser qu’ils sont (aussi) des grands noirs en puissance.

Rhythm and Blues Formidable

Vol. 1, 2 et 3

FNAC-Atlantic, 2018

Là je vous parle d’un temps qu’les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître.Les disques en ce temps-là passaient sur le Teppaz,en ouvrant la fenêtre.Et si le son pourri qui sortait de l’ampline payait pas de mine,c’est là qu’on emballait,moi qui chantait Otis et toi Esther Phillips.

Rhythm and Blues Formidable,ça voulait dire : ons’met minables. Rhythm and Blues Formidable :mais c’est la vie qu’est pas tenable.

Chez les disquaires du quartieron était quelques-uns à lécher la vitrine. Et bien que miséreux,avec le ventre creux,nous ne cessions d’y croire.Jusqu’à c’qu’disc-jockey un dimanche en soirée nous passe le coin coupé. Formidable Rhythm and Blues, sur la face un on s’éclatait.Rhythm and Blues Formidable, et sur la deux on s’bécotait.

On répétait cent fois les couplets des Mar-Keys et les pas d’Booker T. pour les surprises-parties, moi mimant les Drifters et toi en Aretha pour une Special Prayer qui nous laissaient pantois.
Formidable Rhythm and Blues ça voulait dire même dans la loose. Rhythm and Blues Formidable on est respectables.

Les trois premiers – les seuls indispensables – viennent d’être réédités. Un gros morceau de l’histoire nationale : les origines soul de la France, rien de moins.

 

 

 

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